Stéphane Chaudesaigues

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Croix de Jérusalem et Deus vult : sommes-nous entrés dans une nouvelle guerre de religion ?

mercredi 23 septembre 2026
Croix de Jérusalem et Deus vult : sommes-nous entrés dans une nouvelle guerre de religion ?

Un symbole aperçu sur un vêtement peut sembler appartenir au passé. Pourtant, lorsqu’une croix médiévale et une ancienne devise de combat réapparaissent aujourd’hui, elles posent une question très actuelle : que sommes-nous encore prêts à défendre ?

Cette réflexion prolonge le regard politique que je porte depuis un atelier, un restaurant et un village : celui d’un homme de terrain qui observe les conséquences concrètes des choix collectifs, loin des appareils et des postures partisanes.

Que signifient la croix de Jérusalem et Deus vult ?

Tout est parti d’un motif : une croix de Jérusalem accompagnée de deux mots latins, Deus vult — « Dieu le veut ».

La croix de Jérusalem est formée d’une grande croix centrale entourée de quatre petites. Elle appartient pleinement à l’histoire chrétienne. Plusieurs interprétations lui ont été données au fil des siècles : le Christ entouré des quatre Évangélistes, la diffusion de l’Évangile vers les quatre points cardinaux ou encore les cinq plaies du Christ.

Isolée, elle peut représenter la foi, Jérusalem, le pèlerinage, la protection ou l’appartenance à un héritage spirituel. Mais lorsqu’on lui ajoute Deus vult, le sens change. L’expression est associée à la première croisade et à un cri de ralliement guerrier. Elle fait passer le motif de la contemplation à l’action, de la mémoire à la mobilisation.

Cela ne signifie pas que chaque personne qui porte ces mots appelle à la violence. Mais cela signifie que le symbole ne peut plus être considéré comme neutre. Il désigne un camp, une fidélité et, potentiellement, une disposition au combat.

Si ces images reviennent aujourd’hui, ce n’est probablement pas par hasard. Les symboles redeviennent des bannières lorsque les sociétés sentent que leurs certitudes vacillent.

Une guerre qui ne ressemblerait pas aux croisades

Lorsque nous parlons de guerre de religion, nous imaginons encore des armées marchant sous des étendards, des territoires assiégés et des batailles déclarées au nom de Dieu.

Une confrontation contemporaine prendrait probablement d’autres formes : régimes théocratiques, terrorisme, influence numérique, pressions démographiques, migrations instrumentalisées, affrontements culturels, revendications communautaires et constitution progressive de blocs civilisationnels.

Tous ceux qui se retrouveraient sous une même bannière ne partageraient pas nécessairement l’intégralité de la doctrine. Un chrétien pratiquant, un athée attaché à l’héritage européen et un citoyen soucieux de préserver la primauté de la loi civile pourraient défendre ensemble le même socle, pour des raisons différentes.

Inversement, tous les musulmans ne constituent pas un ensemble politique homogène. Des musulmans combattent l’islamisme, subissent les théocraties ou fuient précisément ceux qui prétendent parler en leur nom. Confondre une religion, ses croyants, ses courants politiques et ses organisations armées rendrait toute analyse sérieuse impossible.

La réalité peut cependant être reconnue sans détour : certains pouvoirs et certains mouvements utilisent explicitement l’islam comme doctrine politique, instrument de domination et justification de la violence. Refuser de le nommer ne protège ni la paix ni les musulmans qui en sont eux-mêmes les victimes.

L’Iran : lorsqu’un pouvoir religieux s’empare de l’État

L’Iran offre une démonstration concrète de ce que devient un pays lorsque l’autorité religieuse contrôle durablement l’appareil d’État.

Le Guide suprême, les Gardiens de la révolution, la police idéologique et les institutions religieuses disposent d’un pouvoir considérable sur la société. Les femmes, les opposants, les journalistes et les citoyens contestant l’ordre théocratique en paient le prix.

La mission internationale indépendante des Nations unies a documenté la poursuite de la répression, l’intensification de la surveillance et les violences commises contre le mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Elle a appelé à préserver les preuves et à poursuivre les responsables.

Le peuple iranien ne doit pas être confondu avec ceux qui le gouvernent. Beaucoup d’Iraniens refusent cette théocratie, parfois au péril de leur vie. Vouloir la disparition de la République islamique comme système politique ne signifie donc pas vouloir la destruction de l’Iran. Cela signifie souhaiter le démantèlement d’un appareil qui impose une doctrine religieuse par la contrainte.

Une puissance étrangère pourrait naturellement présenter une intervention comme une libération. Les États-Unis savent associer un discours moral à des objectifs stratégiques : protection de leurs alliés, sécurité des voies énergétiques, lutte contre la prolifération nucléaire et affaiblissement des réseaux soutenus par Téhéran. La libération d’un peuple peut être une conviction sincère pour certains et un récit utile pour d’autres.

L’expérience irakienne rappelle toutefois une évidence : renverser un régime est plus simple que construire l’ordre qui lui succédera. La disparition d’une théocratie ne garantit ni la démocratie ni la paix.

Croix de Jérusalem noire accompagnée de la devise latine Deus Vult
La croix de Jérusalem et la devise Deus vult, deux symboles issus de l’histoire chrétienne et des croisades.

Protéger les enfants : la ligne que rien ne doit franchir

Il existe un point au-delà duquel les précautions de langage risquent de devenir une forme d’abandon : celui de la protection des enfants, et notamment des très jeunes filles mariées à des adultes — parfois à des hommes très âgés.

Le mariage des enfants n’est ni un détail culturel ni une simple différence de mœurs. Lorsqu’une fillette est livrée à un adulte, le mot « mariage » ne doit pas masquer la réalité du rapport de force. Une enfant ne dispose ni de la maturité ni de la liberté matérielle lui permettant de consentir comme une adulte. L’autorisation d’une famille, d’un tribunal ou d’une autorité religieuse ne supprime ni son âge, ni sa vulnérabilité, ni les conséquences de cette domination.

Le phénomène dépasse une seule religion ou une seule région du monde. L’UNICEF estime que plus de 640 millions de filles et de femmes actuellement en vie ont été mariées pendant leur enfance et qu’environ 12 millions de filles subissent encore chaque année un mariage avant l’âge de dix-huit ans. Ces unions augmentent notamment les risques d’abandon scolaire, de grossesse précoce et de violences conjugales.

Mais cette prudence factuelle ne doit pas servir à esquiver les responsabilités politiques et religieuses. En Iran, l’article 1041 du Code civil fixe un seuil inférieur à dix-huit ans et permet même des mariages en dessous de ce seuil sous certaines autorisations. En Afghanistan, l’effacement progressif des droits des femmes et des filles sous le régime taliban crée les conditions d’une aggravation des mariages précoces et forcés.

À l’échelle mondiale, le respect des cultures ne peut pas servir d’alibi à l’asservissement des femmes. Nous ne pouvons accepter qu’un pouvoir religieux les enferme dans un statut de mineures perpétuelles, les prive d’instruction, de mouvement, de parole ou de choix, et les traite comme une propriété familiale, une force reproductive ou un être inférieur. Lorsqu’un système les ramène pratiquement au rang d’esclaves, le vocabulaire de la tradition ne saurait rendre cette oppression respectable.

Il faut néanmoins nommer précisément l’adversaire : non pas chaque musulman ni l’islam vécu de manière personnelle, mais les régimes théocratiques, les mouvements islamistes et les interprétations juridiques qui organisent cette subordination. Des femmes musulmanes, des dissidents et des croyants réformateurs combattent eux-mêmes ces pouvoirs ; les confondre avec leurs oppresseurs reviendrait à abandonner ceux que nous prétendons défendre.

Dire cela n’est pas attaquer tous les croyants. C’est affirmer qu’aucun texte sacré, aucune tradition et aucun pouvoir ne se situe au-dessus du droit d’une enfant à grandir, à apprendre, à disposer de son corps et à choisir librement sa vie.

Si notre civilisation doit désigner une ligne rouge, elle commence ici : une enfant n’est pas une épouse ; une coutume n’est pas une excuse ; une religion n’est pas au-dessus de son droit à l’enfance.

C’est dans ce sens — celui d’une fraternité qui protège les plus vulnérables — que peut être reprise cette formule :

IN HORA OBSCURISSIMA, CUM DAEMONES VENERINT, ME INVOCA, FRATER: UNA CONTRA EOS PUGNABIMUS.

À l’heure la plus sombre, lorsque les démons viendront, appelle-moi, mon frère : ensemble, nous les combattrons.

Les « démons » ne désignent ici ni un peuple ni une religion entière. Ils sont la violence, la contrainte, l’exploitation des enfants et l’usage du nom de Dieu pour rendre l’inacceptable légitime.

Le voile imposé : premier verrou d’un système de domination

Le combat de ces femmes ne se limite pas au voile, mais celui-ci en constitue souvent le symbole le plus visible.

Lorsqu’il est imposé par un État, une famille, un mari ou une communauté, le voile n’est plus seulement un vêtement religieux. Il devient la manifestation d’un principe beaucoup plus vaste : d’autres décident à la place de la femme de ce qu’elle doit montrer, de l’endroit où elle peut se rendre, de ce qu’elle peut apprendre, du métier qu’elle peut exercer et de la manière dont elle doit vivre.

En Iran, des femmes retirent publiquement leur voile obligatoire malgré les risques d’arrestation, d’emprisonnement, de violences et de surveillance. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté », né après la mort en détention de Jina Mahsa Amini, ne réclame pas uniquement le droit de se découvrir. Il conteste le pouvoir politique et religieux qui prétend disposer du corps féminin.

En Afghanistan, la domination va plus loin encore : exclusion des filles de l’enseignement secondaire et universitaire, restrictions professionnelles, limitations des déplacements, obligation d’un accompagnateur masculin dans certaines circonstances et codes vestimentaires imposés. L’effacement des femmes de l’espace public ne se produit pas en une seule décision ; il progresse interdiction après interdiction, jusqu’à faire de leur existence une présence tolérée et contrôlée.

Pourtant, ces femmes résistent. Elles manifestent, enseignent clandestinement, documentent les violences, entretiennent des réseaux de solidarité et continuent de parler malgré les risques. Elles ne demandent pas que l’Occident parle à leur place, mais que leur combat ne soit ni relativisé au nom de la culture, ni sacrifié par peur de critiquer une religion.

Une distinction demeure essentielle : défendre la liberté des femmes, c’est défendre aussi bien leur droit d’enlever le voile que celui de le porter lorsqu’il résulte d’un choix véritable. L’adversaire n’est pas le tissu lui-même. C’est la contrainte.

Le premier geste de libération n’est pas nécessairement d’enlever un voile. C’est de pouvoir décider soi-même de le porter ou de l’enlever, sans craindre la prison, les coups, le rejet familial ou la mort.

Soutenir ces femmes, c’est reconnaître que leur liberté possède exactement la même valeur que la nôtre.

Ceuta : le franchissement d’un seuil

Ceuta oblige également à regarder une réalité difficile en face.

J’ai consacré à cet épisode une analyse détaillée — « Invasion migratoire à Ceuta : Error 404, civilisation introuvable » — dont cette réflexion reprend ici les principaux enseignements politiques et civilisationnels.

À la fin du mois de juillet 2026, plus de 70 000 personnes ont franchi la frontière de cette enclave espagnole en Afrique du Nord. La majorité est ensuite repartie, mais plusieurs milliers sont restées sur place et les infrastructures de la ville ont été profondément déstabilisées.

Les images montraient principalement de jeunes hommes et des adolescents marocains, même si des femmes et des familles étaient également présentes. Des documents rendus publics ont montré que les services espagnols avaient détecté, sur les réseaux sociaux, des appels à un franchissement massif. Une enquête judiciaire cherche désormais à déterminer qui a coordonné, financé ou facilité cette mobilisation et quel rôle ont pu jouer des réseaux criminels ou des agents marocains.

Il faut conserver ici deux exigences simultanées. La première consiste à ne pas transformer une hypothèse en certitude avant les conclusions de l’enquête. La seconde consiste à ne pas nier ce que révèlent déjà les faits : une frontière peut être submergée rapidement par une population nombreuse, jeune, connectée et mobilisée à travers les outils numériques.

Posséder un téléphone ne signifie pas être riche. Le smartphone est devenu un instrument de navigation, de traduction, de communication et de transfert d’argent. Mais il permet aussi de diffuser un mot d’ordre, d’indiquer une faille et de synchroniser une mobilisation en quelques heures.

L’Union européenne avait déjà condamné, après la crise de Ceuta de 2021, l’instrumentalisation de la migration et notamment l’utilisation de mineurs comme moyen de pression politique. La migration peut donc être à la fois le résultat de décisions individuelles et un instrument exploité par des États ou des organisations.

Ceuta n’est pas une invasion militaire classique : il n’y avait ni armée régulière ni déclaration de guerre. Mais employer seulement l’expression « flux migratoire » ne suffit pas davantage à décrire une rupture de frontière de cette ampleur. Il s’agit d’un événement territorial, sécuritaire et politique majeur.

L’Amérique chrétienne et la tentation de la croisade

Les États-Unis occupent une place particulière dans cette recomposition.

Ils ne sont pas juridiquement un État chrétien. La Constitution interdit l’établissement d’une religion officielle et proscrit les critères religieux pour l’accès aux fonctions publiques. Mais la société américaine reste profondément marquée par le christianisme : selon l’étude religieuse de référence publiée par le Pew Research Center en 2025, 62 % des adultes américains se déclarent chrétiens.

Cette double réalité — un État constitutionnellement pluraliste et une société encore majoritairement chrétienne — permet à certains responsables de mobiliser un langage religieux tout en invoquant la défense de la liberté.

Dans une crise majeure avec l’Iran ou face à l’islamisme, les États-Unis pourraient se présenter comme les défenseurs des peuples opprimés et d’un Occident d’héritage chrétien. Mais il serait naïf d’oublier leurs intérêts militaires, énergétiques et économiques. Les industries de défense peuvent prospérer pendant que les contribuables, les soldats et les populations civiles supportent l’essentiel du coût.

La volonté de libérer peut être réelle. Elle ne doit jamais dispenser d’examiner ceux qui décident, ceux qui profitent et ceux qui paient.

Aimer sa patrie sans demander pardon

Il faut sortir de cette peur permanente d’être montré du doigt, catalogué comme fasciste ou assimilé à un néonazi dès lors que l’on parle de frontières, d’identité, de transmission ou de civilisation.

Le fascisme et le nazisme désignent des idéologies précises : autoritarisme, culte de la force, hiérarchie entre les peuples, suppression des libertés et persécution organisée. Aimer sa patrie, vouloir transmettre sa culture et défendre la continuité historique de son peuple ne relève pas automatiquement de ces doctrines.

Je peux aimer la France sans mépriser les autres nations. Je peux vouloir préserver son identité sans considérer les autres peuples comme inférieurs. Je peux demander que ses frontières soient contrôlées, que sa langue soit respectée, que ses lois priment sur les prescriptions religieuses et que ceux qui choisissent d’y vivre en acceptent les principes fondamentaux.

Le patriotisme n’est pas nécessairement une fermeture. Il est d’abord une fidélité : à une terre, à une langue, à une histoire, à des morts, à des paysages et à une certaine manière d’habiter le monde.

Cette manière d’aimer un pays sans se laisser enfermer dans une figure ou un parti traverse également ma réflexion « Entre Marianne et Jeanne : revenir à l’essentiel, trouver sa place autrement ». L’attachement y apparaît moins comme une posture que comme une continuité faite de mémoire, de travail et de transmission.

Ce qui devient préoccupant, c’est qu’il soit parfois plus facile d’affirmer publiquement une appartenance communautaire ou religieuse que de dire simplement : j’aime mon pays et je souhaite qu’il demeure lui-même.

Je refuse donc deux injonctions simultanées : celle qui voudrait m’imposer le silence par peur de l’étiquette, et celle qui voudrait transformer mon attachement à la France en haine de l’étranger.

Le patriotisme n’est pas la haine de l’autre. C’est le refus de l’effacement de soi.

Être prêt, c’est avoir choisi

Être prêt ne consiste pas seulement à s’informer, à protéger ses proches, à connaître les gestes de secours ou à renforcer les solidarités locales. Tout cela est nécessaire, mais vient ensuite.

Avant toute chose, être prêt signifie savoir de quel côté de ses propres valeurs on se tient.

Pour ma part, j’ai choisi. Je choisis notre socle fondateur : une civilisation façonnée par les héritages celtes, germaniques, grecs et romains, par le christianisme, l’humanisme, les Lumières et la République. Je choisis la liberté de conscience, le droit de croire comme celui de ne pas croire, l’égalité entre les femmes et les hommes, la primauté de la loi civile, la liberté d’expression et le refus de toute soumission théocratique.

Ce choix ne m’oblige pas à adopter intégralement une doctrine religieuse. Un athée, un chrétien pratiquant et un citoyen simplement attaché à notre histoire peuvent défendre ensemble ce socle commun. La bannière n’efface pas les différences ; elle désigne ce que nous refusons collectivement d’abandonner.

Je ne choisis pas la haine d’une population. Je choisis ce que je veux préserver. Et si les circonstances imposent un jour à chacun de se positionner, je sais déjà où je me tiens.

Dans les périodes calmes, les valeurs sont des principes. Dans les périodes de rupture, elles deviennent un choix.

Se préparer sans devenir ce que nous combattons

Une société prête est une société qui connaît ses valeurs, contrôle ses frontières, protège ses institutions et sait réagir aux crises. C’est également une société dont les citoyens connaissent les gestes de premiers secours, entretiennent des liens locaux solides, savent vérifier une information et ne délèguent pas entièrement leur sécurité ou leur mémoire à d’autres.

À Chaudes-Aigues, une situation d’errance a montré très concrètement comment peuvent coexister la dignité due à une personne, l’inquiétude légitime des habitants et l’impuissance des institutions. Sa résolution a ensuite rappelé que la parole citoyenne peut débloquer en quelques heures une situation abandonnée pendant plusieurs mois. Être prêt, c’est aussi savoir alerter, se coordonner et obliger les institutions à assumer leur rôle.

Mais la préparation ne peut pas signifier la constitution de milices privées, la recherche de l’affrontement ou la désignation de chaque musulman comme ennemi. Ce serait offrir aux fanatiques le monde qu’ils désirent : deux blocs fermés, convaincus que toute coexistence est une trahison.

La réponse doit être ferme et cohérente : frontières maîtrisées, immigration choisie, assimilation véritable, répression des organisations islamistes, protection de la liberté de conscience, égalité stricte devant la loi et primauté absolue des institutions civiles sur toute prescription religieuse.

Nous devons être capables de protéger notre héritage sans instaurer notre propre théocratie. Défendre une civilisation libre signifie précisément refuser que la foi — chrétienne, musulmane ou autre — devienne un pouvoir coercitif sur ceux qui ne la partagent pas.

Alors, sommes-nous déjà en guerre de religion ?

Pas au sens classique du terme. Il n’existe pas aujourd’hui deux armées mondiales représentant mécaniquement les chrétiens et les musulmans. Les alliances politiques traversent les religions, les musulmans sont souvent les premières victimes de l’islamisme, et les intérêts économiques ou territoriaux restent déterminants.

Mais nous assistons bien à une montée des affrontements auxquels certains acteurs donnent une signification religieuse et civilisationnelle. Des théocraties imposent leur doctrine. Des mouvements islamistes revendiquent l’expansion de leur modèle. En réaction, des symboles chrétiens ou préchrétiens redeviennent des signes de reconnaissance en Occident.

Nous ne sommes peut-être pas encore dans une guerre de religion déclarée. Nous sommes cependant entrés dans une période où les appartenances se durcissent, où les symboles redeviennent des bannières et où chacun pourrait être conduit à définir ce qu’il est prêt à défendre.

La croix de Jérusalem et Deus vult posent finalement cette question. Ils ne constituent pas une réponse universelle et ne m’obligent pas à partager intégralement la doctrine qu’ils évoquent. Mais ils rappellent qu’une civilisation ne demeure vivante que si certains acceptent encore de la connaître, de la transmettre et de la défendre.

Être prêt ne signifie pas vouloir la guerre. Cela signifie refuser d’être surpris, isolé ou désarmé si elle nous est imposée.

Et surtout :

Une civilisation qui ne sait plus ce qu’elle veut préserver finira toujours par vivre selon les règles de ceux qui, eux, le savent.

Questions fréquentes

La croix de Jérusalem est-elle un symbole extrémiste ?

Non, pas par nature. C’est un symbole chrétien historique associé à Jérusalem, aux pèlerinages et aux croisades. Son sens actuel dépend du contexte, de la devise qui l’accompagne et de l’intention de celui qui l’utilise. Associée à un discours de haine ou de violence, elle peut devenir un marqueur extrémiste ; portée seule, elle ne permet pas de conclure à une telle appartenance.

Que signifie Deus vult ?

Deus vult signifie « Dieu le veut » en latin. La formule est traditionnellement associée à la première croisade et possède donc une dimension historique et guerrière plus marquée que la croix de Jérusalem portée seule.

La croix de Jérusalem est-elle chrétienne ou catholique ?

Elle est chrétienne et appartient plus précisément à l’histoire du christianisme latin et catholique. Ses cinq croix sont notamment interprétées comme le Christ et les quatre Évangélistes, la diffusion de l’Évangile vers les quatre points cardinaux ou les cinq plaies du Christ.

Peut-on utiliser cette croix sans être croyant ?

Oui. Elle peut être choisie comme symbole historique, culturel, familial ou civilisationnel. Cette utilisation n’efface cependant pas son origine religieuse ni les interprétations politiques que certaines personnes peuvent lui attribuer.

Défendre son héritage revient-il à rejeter les musulmans ?

Non. Défendre la liberté de conscience, l’égalité entre les femmes et les hommes, la primauté de la loi civile et la continuité d’une culture ne suppose pas de désigner tous les musulmans comme ennemis. La critique doit viser les idéologies théocratiques, les organisations islamistes et les pratiques coercitives, non une population entière.

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