Raconter Chaudes-Aigues en marchant : mon rendez-vous avec Échappées Belles

Les 5 et 6 octobre 2026, Mathilde Jarlier sera présente dans le Cantal pour préparer un reportage destiné au magazine papier Échappées Belles.
À Chaudes-Aigues, notre rencontre commencera lundi soir autour d’une table chez Gourmet & Glouton. Elle se poursuivra mardi matin dans les rues du village. Mathilde m’a demandé de lui faire découvrir Chaudes-Aigues à travers mon regard, avec une demande particulière : raconter la source du Par et son histoire indissociable de celle de la ville.
Cette promenade ne sera pas une visite guidée classique. Elle sera l’occasion de parler d’un village que je connais depuis longtemps, de ce qu’il a été, de ce qu’il est devenu et de ce qu’il pourrait encore devenir.

Commencer le récit autour d’une table
Avant de parcourir Chaudes-Aigues, nous commencerons par nous asseoir.
Cécile et moi accueillerons Mathilde et la personne qui l’accompagnera chez Gourmet & Glouton, exceptionnellement ouvert pour cette soirée. Le dîner se déroulera à la table 18, dans l’espace que nous avons appelé la place des Bougnats.
Cette table permet d’établir un premier lien entre l’histoire de notre famille, celle des Auvergnats partis travailler à Paris et notre décision de revenir entreprendre ici. Certains de ces Auvergnats sont devenus charbonniers, marchands de vin, cafetiers ou restaurateurs. Leur travail, leur solidarité et leur attachement au pays ont construit une mémoire qui continue de nous accompagner.
Le dîner préparé par Cécile constituera le premier chapitre de la rencontre. Le lendemain, nous poursuivrons cette conversation en marchant.
Le programme de cette soirée est présenté plus précisément dans l’article publié par Gourmet & Glouton.
Partir de la source du Par et du noyau primitif du village
Il me semble impossible de comprendre Chaudes-Aigues sans commencer par la source du Par.
Son eau jaillit à près de 82 °C. Cette chaleur naturelle a façonné les usages, l’organisation du quartier et la vie quotidienne de générations d’habitants. Autour de la source s’est développé le noyau primitif du village, avec ses maisons, ses passages et son ancien réseau de distribution d’eau chaude.

Cette eau ne constitue pas seulement une curiosité touristique. Elle représente une richesse naturelle, historique et collective. Elle a permis de chauffer des maisons et de créer une relation singulière entre les habitants, l’architecture et le sous-sol du village.
Raconter la source du Par, c’est donc raconter Chaudes-Aigues depuis ses fondations.
Retrouver les traces de ceux qui sont passés avant nous
La promenade permettra également d’évoquer le passage des pèlerins de Saint-Jacques, l’oratoire et les chemins qui reliaient autrefois Chaudes-Aigues aux territoires voisins.
Ma maison se trouve à proximité immédiate de cet oratoire. Elle a autrefois appartenu au docteur Raynal. Ce voisinage entre un lieu de passage, une maison chargée d’histoire et le chemin conduisant vers Caleden permet de lire le village autrement.
Les bâtiments ne sont pas de simples décors. Ils conservent les traces de ceux qui les ont habités, transformés ou traversés. Encore faut-il prendre le temps de recueillir ces histoires et de les transmettre.
Je ne prétends pas posséder l’histoire de Chaudes-Aigues. Je souhaite contribuer à la préserver, à la raconter et à créer des liens entre les générations qui ont vécu ici et celles qui choisissent aujourd’hui de revenir.
Suivre le parcours de l’eau jusqu’à Caleden
De la source du Par à Caleden, l’eau chaude dessine un parcours presque millénaire.
Elle relie les anciens usages domestiques, le chauffage géothermal et le thermalisme contemporain. Cette continuité constitue l’une des grandes singularités de Chaudes-Aigues.
Caleden appartient naturellement à ce récit. L’établissement thermal prolonge aujourd’hui une histoire très ancienne, tout en participant à l’activité économique et touristique du village. Il rappelle que la source du Par n’est pas seulement un héritage : elle reste une ressource vivante.
Rendre l’eau et la chaleur plus visibles
Chaudes-Aigues possède une valeur inestimable, mais celle-ci demeure parfois trop discrète dans l’espace public.
La place du Marché pourrait notamment devenir un lieu permettant de mieux mettre en scène l’eau et la chaleur. Des bassins, des circulations d’eau ou des dispositifs révélant la vapeur et le parcours géothermal permettraient de rendre cette identité immédiatement perceptible.
Il ne s’agit pas de transformer le village en décor artificiel. Il s’agit de révéler ce qui existe déjà sous nos pieds et ce qui fait de Chaudes-Aigues un lieu différent de tous les autres.
Cette mise en valeur pourrait enrichir la visite, prolonger le temps passé dans le village et créer de nouveaux liens entre la source du Par, les commerces, Caleden et les différents quartiers.
Un territoire capable d’attirer de nouveaux regards
Nous constatons également l’arrivée de visiteurs venus du grand Sud, à la recherche de fraîcheur, de calme, d’espace et d’un rythme de vie plus apaisé.
Le Cantal possède des réponses concrètes aux transformations climatiques et aux nouvelles aspirations. Il offre des paysages, un patrimoine, une qualité de vie et des possibilités d’entreprendre qui méritent d’être davantage regardés.
Pourtant, l’avenir de Chaudes-Aigues ne pourra pas reposer uniquement sur son passé ou sur quelques semaines de fréquentation touristique. Le village doit attirer des habitants, des professionnels, des porteurs de projets et des investisseurs capables de redonner vie à ses bâtiments.
C’est aussi le sens des projets que nous développons avec Cécile. Nous voulons démontrer qu’il est encore possible d’investir, de créer de l’activité et de construire ici. Maison Chaudesaigues rassemble cette histoire familiale, nos métiers et les lieux que nous faisons vivre ou que nous souhaitons réveiller.
Notre démarche ne repose donc pas uniquement sur un discours. Gourmet & Glouton, nos activités et nos futurs projets constituent notre propre mise à l’épreuve.
Devenir des passeurs de l’histoire de Chaudes-Aigues
Le nom que je porte crée naturellement une relation particulière avec Chaudes-Aigues. Mais un nom, à lui seul, ne donne aucun droit particulier. Il crée plutôt une responsabilité.
Celle d’écouter ceux qui savent, de recueillir les souvenirs, de comprendre les lieux et de transmettre ce qui risquerait de disparaître.
Depuis près de quinze ans, notre famille est présente sur ce territoire à travers nos activités, nos rencontres et nos projets. Cette continuité nous permet aujourd’hui de relier des histoires, des personnes et des époques différentes.
Gourmet & Glouton joue un rôle essentiel dans cette démarche. Le restaurant est une table, mais aussi un lieu de rencontre. Les visiteurs peuvent y découvrir une cuisine, puis engager une conversation sur les bougnats, la source du Par, le village ou les projets qui se construisent ici.
Servir Chaudes-Aigues
Après le passage de Télématin et notre récente rencontre avec Radio Totem, la venue d’Échappées Belles constitue une nouvelle occasion de porter un regard sur Chaudes-Aigues.
Chaque fois que mon travail, notre table ou notre parole peuvent contribuer à mieux faire connaître le Cantal, je considère cela comme un honneur. Plus encore lorsqu’il s’agit de servir Chaudes-Aigues, village auquel notre famille, notre histoire et nos projets sont profondément attachés.
Nous commencerons lundi soir à la table 18. Mardi matin, nous poursuivrons le récit en marchant.
Car certaines histoires se racontent autour d’une table. D’autres apparaissent lorsqu’on prend le temps de parcourir les rues, de regarder les bâtiments et d’écouter l’eau qui continue de couler.
Stéphane Chaudesaigues
