Stéphane Chaudesaigues

Tatouage, gastronomie & terroir en Cantal – Le blog vivant de Stéphane Chaudesaigues

Pour Tin-Tin, le tatoueur est un artiste (2014) : statut du tatoueur et constats après plus de 11 ans

mardi 25 mars 2014
Pour Tin-Tin, le tatoueur est un artiste (2014) : statut du tatoueur et constats après plus de 11 ans

Un texte daté, un débat toujours vivant

Publié le mardi 25 mars 2014, ce texte appartient à une période et à un milieu où la question du statut du tatoueur était brûlante, et parfois violente dans ses formes. Il est conservé ici comme un document d’époque, sans réécriture, parce qu’il dit quelque chose de précis sur un métier en tension, au moment où il cherchait encore ses cadres.

Source et publication d’origine : Tatoueur, de l’or au bout des aiguilles – Le Monde (Denis Cosnard)

Artistique : possible, parfois central. Artisanat : le socle commun

Le tatouage peut porter une vision artistique forte, parfois même centrale. Cette dimension est réelle et incontestable. Mais son ancrage réel, juridique, économique et transmissible repose sur l’artisanat et l’artisanat d’art. Et cela change tout.

L’artistique est une dimension possible, variable selon les pratiques. L’artisanat, lui, est le socle commun : il permet la transmission, la formation, la responsabilité et l’inscription du métier dans le réel, notamment en matière d’hygiène, de droit, d’économie et de territoire. On ne nie donc pas l’artistique. On refuse simplement d’en faire le statut unique, parce que ce serait faux et impraticable.

Le recul de plus de 11 ans : saturation et conséquences

Avec plus d’une décennie de recul, le constat est clair : le marché du tatouage est aujourd’hui largement saturé. Cette saturation n’a rien d’artistique. Elle engendre des conséquences humaines, économiques et professionnelles : précarisation, affaiblissement de la transmission, confusion pour le public et perte de repères pour la profession.

Ce constat n’efface pas la dimension artistique du tatouage. Il rappelle simplement que l’artistique ne protège pas un métier lorsque le cadre est flou et que le marché devient une mécanique de volume.

Revenir aux fondamentaux du métier

Cette réflexion s’inscrit dans une continuité plus large, développée ici : Revenir aux fondamentaux du tatouage français .

Texte original (2014) – extrait

Le marché grandissant, la question du statut des tatoueurs est posée.

Et elle déchire la profession.

Face à face, l'incontournable Tin-Tin et Stéphane Chaudesaigues, son ennemi juré.

« Plagiat », « incompétence », « mauvaise foi », les balles ont volé en tous sens ces derniers mois, accompagnées de menaces de procès, voire de représailles physiques… « Un combat d'autant plus triste qu'il a provoqué une fracture dans la profession, les tatoueurs étant sommés de choisir leur camp », regrette l'un d'eux.

LE TAUX RÉDUIT DE TVA, UN ENJEU

Au coeur du litige, le sens même du métier. Pour Tin-Tin, le tatoueur est un artiste. « La seule chose qui nous sépare des peintres, c'est que nous travaillons sur la peau, pas sur une toile. » Pas question d'envisager un CAP ou des écoles spécialisées. « C'est un art qui se transmet de maître tatoueur à élève, comme dans les ateliers des peintres de la Renaissance. »

Depuis des années, il milite pour la reconnaissance de ce statut d'artiste, alors qu'aujourd'hui les professionnels sont, selon les cas, artisans, commerçants, auto-entrepreneurs, profession libérale… Au passage, les artistes tatoueurs pourraient bénéficier du taux réduit de TVA.

Stéphane Chaudesaigues, défend une approche plus terre-à-terre. « Nous ne sommes pas tous des artistes, le gouvernement le sait bien et ne nous donnera jamais une TVA réduite », dit-il. A ses yeux, mieux vaudrait un statut d'artisan, qui permettrait d'avoir des apprentis, et de régler la question de la formation.

Chacune de ces deux fortes têtes entend aussi représenter la profession. Face au SNAT de Tin-Tin, M. Chaudesaigues a créé l'association Tatouage et partage. Et monté son propre festival, qui réunit, en juillet, des tatoueurs du monde entier dans un village du Cantal, nommé… Chaudes-Aigues. « Légèrement mégalo, non ? », commentent les amis de Tin-Tin. Cet été, ces deux-là ne tatoueront pas ensemble.

Référence presse

Tatoueur, de l'or au bout des aiguilles

LE MONDE | 08.03.2014 à 10h36 • Mis à jour le 25.03.2014 à 14h33 | Par Denis Cosnard

http://www.lemonde.fr/economie/article/2014/03/08/tatoueur-de-l-or-au-bout-des-aiguilles_4379816_3234.html

FAQ – Tatouage, art, artisanat et statut du métier
Les questions ci-dessous prolongent ce texte avec plus de dix ans de recul, afin d’éclairer les enjeux réels du métier de tatoueur, à destination des professionnels, des journalistes et des observateurs du secteur.

Le tatouage est-il un art ?

Le tatouage peut porter une vision artistique forte, parfois même centrale, selon les pratiques, les parcours et les intentions. Cette dimension artistique est réelle et incontestable. Elle ne peut toutefois pas, à elle seule, définir l’ensemble d’un métier exercé par des milliers de professionnels.

Pourquoi le tatouage ne peut-il pas relever uniquement d’un statut artistique ?

Parce que le tatouage s’exerce dans un cadre sanitaire, juridique et économique précis. Un statut exclusivement artistique ne permet ni la transmission structurée du métier, ni la formation, ni l’encadrement des responsabilités professionnelles. Il est donc impraticable à l’échelle d’un secteur entier.

Quel est le rôle de l’artisanat dans le tatouage ?

L’artisanat et l’artisanat d’art constituent le socle commun du métier de tatoueur. Ils permettent la transmission, la formation, la responsabilité professionnelle et l’inscription du tatouage dans le réel : hygiène, droit, économie et territoire.

Avec plus de dix ans de recul, que montre l’évolution du marché du tatouage ?

Avec plus de onze ans de recul, le constat est clair : le marché du tatouage est aujourd’hui largement saturé. Cette saturation n’a rien d’artistique et engendre des conséquences humaines, économiques et professionnelles importantes.

La saturation du secteur est-elle un signe de vitalité artistique ?

Non. Une saturation de marché traduit avant tout une dérégulation du métier. Elle fragilise la transmission, accroît la précarité et brouille les repères pour les professionnels comme pour le public.

Le débat sur le statut du tatoueur est-il dépassé ?

Non. Le débat de 2014 éclaire une période charnière, mais ses conséquences se mesurent pleinement aujourd’hui. Les questions de statut, de formation et de responsabilité restent centrales pour l’avenir du métier.

Pourquoi conserver et contextualiser un texte de 2014 aujourd’hui ?

Parce qu’il témoigne d’un moment clé de l’histoire récente du tatouage. Le conserver permet, avec le recul, de mesurer les effets concrets des choix, des conflits et des absences de cadre qui ont marqué le secteur.

À qui s’adresse cette analyse ?

À la communauté du tatouage, mais aussi aux journalistes, institutions et observateurs culturels, afin de dépasser une lecture romantisée du tatouage et d’aborder le métier dans toute sa réalité professionnelle.