Le jour où les eaux de Chaudes-Aigues ont cessé pour toujours de chauffer les maisons du village

Le 21ème siècle à peine entamé, une page majeure de l’histoire de Chaudes-Aigues se tournait. Au début des années 2000, la direction régionale des affaires sanitaires et sociales demandait à ce que l’eau de la source du Par, utilisée à la fois pour les thermes et pour le chauffage de certaines maisons du centre-bourg, ne soit plus utilisée que pour les thermes.

Longtemps, les eaux de Chaudes-Aigues ont été utilisées pour le chauffage des habitations. Longtemps, les habitants du petit village cantalien ont réchauffé leurs maisons à leur contact, profitant de la source du Par et de sa température avoisinant les 82° C – un record sur le Vieux Continent. Mais il y a un peu moins de vingt ans, le privilège prenait fin : ces eaux ne devaient dès lors être utilisées que pour les thermes.

Pierre Brousse, alors maire de Chaudes-Aigues, s’en expliquait. "C’est une décision absolue et définitive de la direction régionale des affaires sanitaires et sociales", confiait-t-il au journal La Dépêche au moment de la transition. "Une décision notamment liée au risque de développement de la légionellose", poursuivait l’élu. "À une époque, on tolérait des traces de légionelle dans les eaux mais depuis un an ou deux, ce n’est plus le cas. Or, pour éviter le développement d’une telle bactérie, il faut qu’il y ait un maximum de débit avec la température la plus élevée possible. À l’heure actuelle, l’eau reçue aux thermes est comprise entre 60 et 66° C. Après réfection de la canalisation, elle devrait être de 79 à 80° C".

Pour certains, la mesure fut un sacrifice – d’ordre pratique, mais aussi symbolique. Toujours pour le journal local La Dépêche, la journaliste Micheline Mallet parlait d’"utilisateurs résignés mais amers". Elle citait par exemple Nicole Séguy, retraitée à Chaudes-Aigues, qui soufflait : "La décision a été prise. On s’y plie parce qu’on n’a pas le choix". Le principal regret de cette sexagénaire ? Que "soit ainsi supprimé un élément qui faisait la particularité de Chaudes-Aigues". Pierre Farges, résident de la commune depuis près d’un demi-siècle, témoignait également : "J’ai toujours utilisé ce moyen de chauffage. Il est regrettable que l’on cesse ce mode de chauffage naturel qui ne pollue pas. Nous étions prêts à payer pour le conserver", confessait l’octogénaire. Notons que depuis, certaines maisons sont toujours chauffées par l’eau chaude, mais avec des sources privées.

Mais de l’aveu-même de Pierre Brousse, la raison de cette révolution dépassait les simples motifs sanitaires. "Si on veut développer le centre thermal, il n’y a de toute façon pas d’autres solutions", avouait celui qui officiait comme premier magistrat. "C’est l’avenir économique de Chaudes-Aigues qui est en jeu. […] Le développement du centre thermal, avec une ouverture sur quasiment toute l’année et la mise en place de thermoludisme, nécessite un débit d’eau plus important pour l’établissement. Pour ce faire, il faut que toute l’eau soit dirigée vers les thermes".

Aujourd’hui, des années après ce bouleversement, des voix s’élèvent pour que soit réutilisées les eaux rejetées par le centre thermal Caleden. À l’heure actuelle, ces eaux chaudes sont déversées en masse dans le Remontalou – un grand gâchis pour certains. Avec la fermeture du thermoludisme à Caleden sans date de réouverture actée, cette page de l’histoire caldaguèse résonne d’un écho doux-amer.

Photographies : Les Amis du Caldaguès