Pain, Vin, Fromages : à vendre si rien ne change

Avec la crise traversée par notre village depuis l’automne 2018 a surgi une question : est-il encore sage d’investir à Chaudes-Aigues ? Plus impliqués que jamais dans la recherche de solutions pour une réouverture rapide du thermoludisme à Caleden, ma compagne Cécile et moi-même nous interrogeons de plus en plus sur la pérennité du projet Pain, Vin, Fromages, le restaurant au profit duquel nous avons entrepris de nombreux travaux depuis 2016. Or, dans un village en danger, à quoi bon les poursuivre ?

Le temps des promesses

Qu’il semble loin, le temps où Pain, Vin, Fromages n’était synonyme que de promesses. L’ambition première du lieu ? Apporter aux Caldaguès et aux visiteurs, le meilleur de la gastronomie cantalienne dans l’un des villages les plus attachants d’Auvergne, aux portes de l’Aubrac. Porté par mon épouse Cécile Chaudesaigues et par moi-même, "PVF" pour les intimes devait s’ajouter à la formidable offre gastronomique proposée par la commune, aux côtés du pluri-étoilé château de Couffour de Serge Vieira, de l’hôtel Beauséjour, ou encore du pub Lou Gallic où étancher sa soif.

Imaginé au 8 rue Notre Dame d’Aout, entre les murs de l’ancienne annexe du mythique hôtel Valette, Pain, Vin, Fromages voulait honorer une tradition régionale et culinaire riche en utilisant les meilleurs produits locaux, tout en s’émancipant pour proposer un déjeuner et un dîner dépassant les simples frontières du Cantal. Au sein du futur restaurant, nous ambitionnions également d’ériger une scène pour accueillir soirées à thème et musiciens, un bar, un salon lounge et un espace enfant, pour une expérience culturelle totale et familiale.

Aujourd’hui, trois années après le lancement des premiers travaux, l’optimisme brut a peu à peu fait place aux doutes, et même aux désillusions. Les causes de ces déconvenues ont été longuement exposées sur mon blog, entre obtention chaotique du permis de construire, exigences administratives irréalisables, et griefs des Architectes des Bâtiments de France jumelées à celles de co-villageois. Face à ces difficultés, nous avons toujours gardé le cap que nous nous étions fixés : remettre sur pied une bâtisse détériorée dans le respect le plus strict de l’identité caldaguèse et en sollicitant des artisans locaux, pour offrir la meilleure offre possible à notre clientèle future.

La fermeture du thermoludisme et la mise en péril de tout un village

Mais il y a peu, une difficulté d’un autre genre est venue défier à la fois les acteurs socio-professionnels déjà installés à Chaudes-Aigues, et les investisseurs privés : la fermeture de la partie thermoludique de Caleden. Le 24 juillet 2009 était inauguré, au cœur de Chaudes-Aigues, le centre Caleden. Depuis, le complexe thermal représente l’un des poumons économiques du village, connu pour abriter la source d’eau la plus chaude d’Europe. La géothermie fait partie intégrante de la culture de la commune : c’est elle qui, chaque année, attire des milliers de visiteurs dans notre ville mais aussi dans sa périphérie. Caleden est le symbole le plus vibrant de cette culture.

Or, en septembre 2018, la partie thermoludique de Caleden a fermé ses portes. Les raisons invoquées sont de l’ordre de la sécurité : le personnel a découvert un arbalétrier fissuré (l’une des pièces rampantes de la charpente). En attendant le verdict de l’expert dépêché par la direction du complexe thermal, il est possible que ce pan ne rouvre pas ses portes avant la fin de l’année 2019, voire pas avant 2020. Conséquence : pendant cette période, le village pourrait se passer de quelques 46 000 visiteurs – un chiffre colossal pour l’économie de la cité.

Ce qui n’aurait pu être qu’une simple fermeture temporaire est devenu une préoccupation majeure pour nombre d’acteurs socio-professionnels du village et d’investisseurs. La fermeture de la partie thermoludique de Caleden a en effet occasionné, depuis septembre 2018, une perte de chiffre d’affaires de 40 à 50 % pour les commerçants, hôteliers ou loueurs de meublés, dont une large partie de l’activité est fondée sur le rayonnement du thermoludisme. Face à cela, certains élus locaux paraissent bien inertes… et affichent même une volonté manifeste de ne pas entendre de solutions alternative. La dernière réunion publique coorganisée par la mairie et la direction de Caleden l’a amèrement montré :

Réunion du 4 avril 2019 au cinéma La Source : le résumé

La naissance d’une association pour tenter de fédérer les villageois

Très préoccupante – pour ne pas dire catastrophique –, la situation a aussi fait émerger des interrogations sur les investissements publics liés au Plan Thermal 2016-2020. Ces craintes nous ont poussé à alerter les corps décisionnaires (députés, président de la Région…) et à fonder le collectif citoyen Chaudes-Aigues Village Développement (CAVD). L’ambition de l’association ? Fédérer, unir les villageois investis et soucieux de leur devenir, comme l’explique son secrétaire Frédéric Barcelo :

Portrait citoyen - Frédéric Barcelo

Aujourd’hui, je reste intimement convaincu que le village de Chaudes-Aigues repose sur d’exceptionnelles richesses. Madeleine Baumgartner, ancienne maire de la commune et à présent trésorière de l’association, les liste :

Portrait citoyen - Madeleine Baumgartner

Mais j’en viens à questionner la pertinence du lourd investissement que représente Pain, Vin, Fromages. Est-il sensé de continuer d’injecter des milliers d’euros au sein d’une économie en berne ? Est-il à propos de tout prévoir pour l’accueil de milliers de visiteurs qui, malgré le formidable potentiel de Chaudes-Aigues, ont commencé à déserter le village du fait de l’inaction de nos représentants ? Est-il lucide de consacrer toujours plus d’énergie à un projet qui, sans sursaut des pouvoirs publics, nous condamne aux déconvenues ?

À l’heure où approche l’été 2019 et où aucune sortie de crise ne se profile, force est de constater qu’à Pain, Vin, Fromages… on a perdu l’appétit.