Été 2019 : ce que les habitants de Chaudes-Aigues ont à dire au président de Caleden

Le 24 juillet 2019, dans la continuité de ma publication de l’état des lieux de Chaudes-Aigues à l’été 2019 (soit après presque une année de fermeture du thermoludisme), je lançais un nouvel appel par courrier à M. Didier Achalme. Voici, dans son intégralité, la lettre adressée à celui qui est à la fois le vice-président du Conseil départemental du Cantal et le président du centre thermal Caleden.

Objet : Crise de la station thermale de Chaudes-Aigues : état des lieux

M. le Président,

Au cours des derniers mois, l’association Chaudes-Aigues Village Développement a tenté de vous alerter sur la situation extrêmement préoccupante du village de Chaudes-Aigues, entre fermeture du thermoludisme à Caleden et mise en action chaotique du Plan Thermal. Ce 23 juillet 2019, j’ai tenu à dresser publiquement un état des lieux de la situation, en reprenant ses causes et surtout ses conséquences, ainsi que les zones d’ombres l’entourant mais également les pistes de réflexion qui peuvent l’accompagner. C’est cette synthèse, réalisée à l’approche du premier et regrettable anniversaire de la fermeture du thermoludisme dans notre village, que je vous invite à lire ci-après.

Des réunions d’expertise qui se multiplient – à quelles fins ?

Quatre : en septembre 2019, c’est le nombre de réunions d’expertise qui auront émaillé l’histoire de Caleden au cours de cette année. À l’heure où j’écris ces lignes, la troisième vient d’avoir lieu ; la quatrième, elle, est attendue à la rentrée. Cette bataille d’experts très longue, pour ne pas dire sans fin, est épuisante. Lors de la seconde réunion d’expertise, commandée après la fermeture du pan thermoludique, l’expert que vous avez mandaté a proposé un budget travaux pour la réouverture du thermoludisme d’un montant de 750 000 euros. Ce projet a bien entendu été contesté par les autres experts ou avocats, qui n’ont pas tardé à voir qu’il ne s’agissait pas seulement d’une réparation ou réfection de la toiture, mais bien de la mise en route d’un projet plus grand : le futur Plan Thermal, dans lequel vous comptiez englober la réparation de la toiture. Cela s’explique et aurait pu s’entendre si le Plan Thermal était finalisé, ce qui est loin d’être le cas.

Les plans présentés au public au printemps 2018 qui ont été « rejetés » car étant trop onéreux, par le conseil d’administration de Caleden en mai 2018, devaient être retravaillés par l’architecte. Depuis, silence radio, ni plan, ni plan de financement, ni permis de construire… tout juste une ou deux déclarations préalables de travaux dont on ne connaît pas la teneur et qui, pour le moment, sont toujours à l’étude dans les services concernés.

Seuls 1 million d’euros fléchés par la région laissent à penser que le projet devait se faire.

Cet expert, M. Vigier, nommé par la direction de Caleden, fait apparemment partie du bureau d’études qui travaillerait sur le projet de réhabilitation de l’hôtel du Ban et de modification du centre thermal. Son mandat, délivré en septembre 2018, visait à mettre le site en sécurité… mais malheureusement pas à trouver une solution pour rouvrir au plus tôt le thermoludisme. C’est ce que nous vous avions fait remarquer lors de notre entretien de février dernier.

Ces réunions d’experts ont montré que vous n’êtes pas en mesure de chiffrer exactement les pertes financières de Caleden, ni d’évaluer l’implication de la fermeture du thermoludisme sur le bassin d’emploi local. On est en effet, en termes de personnel, bien loin des 50 familles dont vous nous parliez, des trémolos dans la voix, lors de la « réunion publique » d’informations du 4 avril dernier. Chômage technique, contrats saisonniers non renouvelés, CDD… Là aussi, mystère.

La direction de la SAEM Caleden est encore moins en mesure de justifier la vente des lauzes qui seraient censées être remises sur la toiture après réfection, mais qui ne faisaient plus partie du projet du Plan Thermal présenté au conseil d’administration en mai 2018.

Là encore, qui a pris la décision de vendre la propriété de la SAEM sans en référer au conseil d’administration ?

Et là, stupeur et tremblements, nous apprenons par l’avocate représentant Caleden que les lauzes ne sont non seulement plus vendues mais qu’il est devenu indispensable qu’elles soient réinstallées lors de la réfection car il en va de l’image de Caleden… Quel bazar !

Je déplore que depuis plusieurs années maintenant, aucuns travaux n’aient été entrepris par la direction du centre thermal pour éviter la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Si le rapport de l’expert en 2013 ou les avertissements d’au moins un des artisans depuis 2009 avaient été pris en considération par votre direction, nous ne serions pas dans cette situation dramatique.

L’enclenchement des assurances dommages-ouvrage

Sans l’accord d’un juge, les travaux ne peuvent dorénavant plus être conduits. Mais pourquoi, au lieu d’une procédure à rallonge, n’avez-vous pas enclenché l’assurance dommages-ouvrage ? Les travaux de réfection auraient ainsi pu être réalisés, et les responsables des dommages recherchés dans un second temps. Le temps judiciaire n’aurait pas eu le même impact économique. En 2009, l’ancienne présidence de Caleden avait enclenché une première fois son assurance dommages-ouvrage. Ce qu’il est advenu de cette procédure, nous l’ignorons. Apparemment, aucune suite n’a été donné à cette procédure. Là encore, pourquoi ?  La seconde fois que le centre a enclenché la procédure, c’était le 19 avril 2019… soit huit longs mois après la fermeture du thermoludisme. Là encore, ce délai me parait difficilement compréhensible et fait les choux gras des avocats des intervenants au chantier que vous avez assignés.

Les millions d’investissement du Plan Thermal

Comme nous l’avons évoqué à plusieurs reprises, le problème soulevé par la fermeture du thermoludisme à Caleden s’inscrit dans un sujet plus vaste : celui du Plan Thermal. Nous avons le sentiment qu’en février 2019, l’optimisme affiché par M. Faure et vous-même quant aux travaux au centre thermal d’un montant de 5,7 millions d’euros n’était pas légitime et surtout prématuré. La réalité aujourd’hui, c’est qu’il n’existe toujours aucun plan ni permis de construire, et que la date de début des travaux est sans cesse repoussée. Le plan de financement intégral de ce projet à plusieurs millions d’euros est toujours aux abonnés absents.

Nous avions bien compris qu’il fallait impérativement positiver face aux questions incommodantes que nous vous posions sur la fermeture du thermoludisme. Mais il aurait sans doute fallu être sûrs de pouvoir mener le projet à bien dans les délais avant de l’annoncer et de nous faire rêver. En effet, là, que nous reste-il à part nos yeux pour pleurer ?

Le vice-président délégué au tourisme et thermalisme de la région Auvergne Rhône-Alpes Nicolas Daragon nous assurait récemment par courrier que « dans le cadre du Plan Thermal, la Région soutient le projet de développement de Caleden, auquel [elle] a accordé une aide de 1M€ ». Notre question, c’est celle-ci : pourquoi ne pas utiliser une partie de ce million d’euros pour réparer la toiture du thermoludisme et rouvrir au plus vite cette partie ? Dois-je rappeler que cela fera un an en septembre que le thermoludisme sera fermé ? De plus, nous souhaiterions savoir d’où sont censés venir les 4,7 millions restants que vous nous aviez annoncés ?

Le Plan Thermal porte un fantastique projet, mais qu’il faudrait adapter aux besoins de notre ville. Ce plan induit par exemple la réhabilitation de l’hôtel du Ban ; mais l’augmentation de capacité d’hébergement est-elle judicieuse, lorsque les hôtels autour peinent déjà à faire le plein et ce, même en haute saison ? C’est de la concurrence déloyale sur fonds publics. Pour nous, les subventions qui doivent servir à agrandir l’hôtel du Ban trouveraient bien meilleur usage à l’amélioration, voire l’agrandissement de la partie thermoludique de Caleden, poumon économique du village. Création d’un véritable espace pour les enfants, réfection du sol, entretien des façade bois et des abords du centre : comme vous le voyez, les idées ne manquent pas.

Chaudes-Aigues : la seule station thermale du Cantal… et pourtant

Chaudes-Aigues est l’unique station thermale du département du Cantal. L’aubaine revêt pourtant des allures de cadeau empoisonné, tant ses habitants ont l’impression d’être délaissés. Caleden a vu le jour en 2009 grâce à un investissement de 10 millions d’euros, largement supporté par le Conseil départemental et, ne l’oublions pas, grâce au sacrifice des habitants qui ont renoncé à leur eau chaude pour permettre le développement de la station thermale, qui est aujourd’hui au point mort. Une décennie plus tard, comment est-il possible que cet outil fantastique et indispensable soit dans l’état qu’on lui connait aujourd’hui ? La toiture n’est pas le seul point noir : il y a un manque chronique d’entretien, fort dommageable en termes d’image et de sécurité.

Notre appel à l’aide pour le village

M. Faure a demandé à son directeur général des services M. Etienne de garder un œil sur le dossier. Mais en dépit des rendez-vous que nous avons obtenus avec lui et de l’indéniable implication de l’homme, rien ne semble avancer. Et pendant ce temps, c’est le tissu économique de notre cité qui se désagrège dramatiquement. Nous sommes aujourd’hui au milieu de l’été 2019. C’est la haute saison et pourtant, le village est quasiment désert. Les hôteliers, restaurateurs et commerçants peinent à travailler pour payer leurs charges.

Si nous vous adressons cette synthèse à l’approche du triste anniversaire, M. Achalme, c’est parce que nous appelons chacun à prendre ses responsabilités. Les habitants de Chaudes-Aigues ont besoin que la direction de Caleden réponde à cette question : comment, en seulement une décennie et après 10 millions d’euros d’investissement, a-t-on pu en arriver là ? Pour les professionnels de la commune comme pour les autres, les priorités sont sans appel : tous sont convaincus qu’avant de faire miroiter un hypothétique projet de Plan Thermal, il faut réparer et entretenir ce qui existe déjà.

Une chose est certaine, et même en cote haute : la réfection de la toiture du thermoludisme aurait coûté moins cher que le manque à gagner cumulé de Caleden et des professionnels de Chaudes-Aigues !

En espérant, que vous saurez vous investir pour une solution rapide et heureuse du dossier, nous vous prions d’agréer, M. le Président, nos salutations distinguées.

M. Stéphane Chaudesaigues

Président de Chaudes-Aigues Village Développement