Tatouage : l’authenticité au détriment de l’apparence ?

On termine par une photo : ce tatouage est cicatrisé, et le "contrat", honoré.

Après avoir arrêté son choix, mon client prendra comme référence celle d’un milieu, et d’un univers qui laisse comprendre qu’il y a des codes, propres à une organisation.

Nous faisons une immersion virtuelle en Europe de l’Est, et nous interprèterons cette image depuis le Cantal, à Chaudes-Aigues.

Délicat d’intervenir sur une idée bien arrêtée – qui plus est, celle de son client.

L’image proposée peut-elle et doit-elle être modifiée, en supposant que je puisse l’améliorer ?

Cela reste très suggestif ; souvent, nos clients vont à l’essentiel, alors que nous autres tatoueurs, nous nous attachons aux détails, à un semblant d’harmonie, en prétextant savoir sous prétexte d’être "l’artiste".

Je souhaitais respecter le choix de JP, mon client, mais quand même l’aider à prendre conscience qu’il fallait légèrement modifier ou interpréter son visuel. Aucune difficulté : nous nous comprenons, et sans avoir à travestir l’image de référence, nous entamerons ce projet et le terminerons quelques heures plus tard.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’associer cette approche avec un autre tatouage : celui de Henri Charrière, dit "Papillon", forçat évadé du camp forestier des Cascades, au bagne de Guyane, et popularisé par Steve McQueen.

Tatoué sur la poitrine d’un symbole, plus que celui d’un simple papillon.

Ce célèbre et triste bagnard aurait-il été plus crédible dans son rôle que dans sa vie, à porter encré à vie, un papillon comme photographié ? Eh bien non !

Le symbole tout-puissant, écarté du souci du détail, de la précision ou du travail "bien fait" peut se suffire à lui-même. Eh oui !

Au point peut-être de perdre une forme de toute-puissance s’il était parfait, même si cette toute-puissance est uniquement symbolique ou dans les yeux de l’autre.

Par contre, au travers des récits ou de l’imaginaire, ce papillon trouvera mille et une couleurs ou diverses formes, qui épouseront toutes, tour à tour de ses ailes, certainement, ce corps emprisonné jusqu’à lui permettre de s’envoler.

Nous reviendrons à des tatouages plus authentiques, et d’apparence moins réussie, nous écartant peut-être de ce qui, de plus en plus, ressemble à un produit de consommation tant dans la communication que dans la perfection.