Steven dans La Provence : mon regard de père et de tatoueur

Le 28 septembre 2026, La Provence consacre un reportage à mon fils Steven et au studio Graphicaderme Orange. Je le lis avec deux regards qui se rejoignent : celui d’un père qui voit son fils construire son chemin, et celui d’un tatoueur qui connaît le travail nécessaire pour gagner la confiance d’un client.
En une, le journal annonce une histoire de tatouage « de père en fils ». Dans les pages intérieures, Lucie Robin présente Steven pendant une séance, évoque son apprentissage et rencontre les artistes qui travaillent à ses côtés.
Cette parution me donne l’occasion de revenir sur ce que signifie transmettre un métier. Avec les années, cette question prend une dimension très concrète : que partage-t-on avec ses enfants, et quelle place leur laisse-t-on pour développer leur propre pratique ?

1986 : mes débuts dans le tatouage
J’ai commencé à tatouer en 1986. Quarante années séparent ces débuts du reportage consacré aujourd’hui à Steven. Pendant ce temps, le métier a occupé une place importante dans notre vie familiale.
Steven a grandi au contact des dessins, des machines, des clients et des artistes. Il a découvert très tôt la vie d’un atelier, avec le travail visible pendant une séance et tout ce qui se prépare en amont. Son oncle était lui aussi tatoueur : cet environnement lui donnait plusieurs occasions d’observer et de comprendre.
Avignon fait partie de cette histoire. Le site Tatouage Avignon revient sur les racines avignonnaises de Steven à l’occasion de cette parution dans La Provence.
En tant que père, je mesure la place que peut prendre un métier dans l’enfance. Les gestes deviennent familiers, les conversations aussi. Il faut ensuite que celui qui souhaite exercer à son tour fasse ses propres choix et s’engage dans l’apprentissage.
« Je suis autodidacte mais j’étais bien entouré »
Dans le reportage, Steven emploie cette phrase pour parler de sa formation. Elle décrit assez bien la rencontre entre un engagement personnel et la présence de personnes auxquelles on peut se référer.
On peut regarder un dessin ensemble, expliquer pourquoi une composition manque d’équilibre, montrer comment aborder une difficulté. Ces échanges donnent des pistes. C’est ensuite celui qui apprend qui doit dessiner, reprendre, observer le résultat et comprendre ce qu’il peut améliorer.
Pour moi, transmettre demande aussi de savoir écouter. La personne que l’on accompagne peut avoir d’autres références, d’autres envies et une sensibilité qui lui appartient. L’expérience permet de l’aider à construire des bases et à prendre ses responsabilités.
Avec Steven, cette question est aussi familiale. Le lien entre un père et son fils accompagne le travail, avec ce qu’il comporte d’attentes et d’implication. Voir une pratique personnelle se construire au fil des années donne du sens à cette transmission.
La confiance d’un client, une responsabilité personnelle
Dans l’article, Steven tatoue Bastien, venu pour sa première pièce. Le client explique avoir recherché un professionnel établi, puis avoir pris contact avec lui.
Ce passage retient mon attention. Bastien confie son projet à Steven. C’est avec lui qu’il échange et c’est à lui qu’il accorde sa confiance pour cette première expérience.
Un tatouage engage la personne qui le réalise. Il faut écouter la demande, préparer le projet et rester attentif pendant la séance. Le parcours familial fournit une partie du contexte ; la responsabilité du travail appartient pleinement au tatoueur.
Comme père, je suis heureux de voir Steven reconnu dans cette relation avec ses clients. Comme professionnel, je sais combien elle compte dans la durée. Elle se construit à travers le travail et les échanges, projet après projet.
Le reportage fait également une place à Brice et Clara. Leurs pratiques et leur présence rappellent qu’un atelier vit grâce aux personnes qui y travaillent. Nous avons présenté cette rencontre plus en détail dans l’article consacré à Graphicaderme Orange et à son équipe dans La Provence.
Voir mon fils construire sa propre place
J’ai déjà consacré un article au parcours professionnel de Steven Chaudesaigues entre Bastia et Orange. J’y évoque son apprentissage, les conventions et la transmission qui accompagnent son activité.
Cette nouvelle parution m’amène à porter un regard plus personnel sur ce chemin. Steven exerce avec son expérience, ses choix artistiques et les relations qu’il développe avec les personnes qu’il tatoue. Je peux reconnaître ce qui nous relie tout en regardant ce qu’il a construit lui-même.
La transmission prend cette forme au fil du temps : les échanges continuent, tandis que chacun assume sa manière de travailler. Pour un père, cela demande de laisser de l’espace. Pour un tatoueur, cela signifie reconnaître le travail d’un autre professionnel, même lorsque cet autre est son fils.
Cette histoire de père et de fils rejoint une réflexion plus large sur les sagas familiales, la transmission et l’héritage. Dans le tatouage comme dans d’autres métiers, on transmet des gestes et des repères. La génération suivante leur donne une forme personnelle, à travers ses choix et son travail.
Je suis fier de voir Steven tenir cette place. Merci à Lucie Robin et à La Provence d’avoir consacré ce reportage à son travail et à l’équipe de Graphicaderme Orange.
Stéphane Chaudesaigues
À lire : le reportage original de La Provence sur Graphicaderme Orange, signé Lucie Robin. Édition Vaucluse du 28 septembre 2026, page 10, sous le titre « Le studio Graphicaderme cultive l’art du tatouage ».
