Aux origines de Chaudes-Aigues. Borvo, Damona et la mémoire brûlante de l’eau

À Chaudes-Aigues, l’eau ne coule pas comme ailleurs. Elle jaillit brûlante, elle fume, elle marque la pierre et le corps. Depuis toujours. Bien avant les thermes modernes, bien avant les textes, bien avant même que la source principale ne porte un nom.
Cette singularité n’est pas un détail géologique. C’est une condition d’existence.
Avant les noms, il y avait la force
Avant le Ve siècle, il n’existe aucune mention écrite individualisant la source que nous appelons aujourd’hui source du Par. Mais cette absence de nom ne signifie pas une absence d’usage. Au contraire.
Dans le monde celtique puis gallo-romain, les sources chaudes sont des lieux à part. Elles ne sont pas de simples points d’eau, mais des espaces de relation entre les humains et une force invisible, agissante, parfois guérisseuse. On y vient pour se soigner, pour déposer des offrandes, pour demander, pour remercier.
Borvo et Damona, deux lectures d’une même eau
C’est dans ce contexte que s’inscrit Borvo, figure associée aux eaux chaudes et bouillonnantes, à la vigueur, à la chaleur et à la guérison par l’eau. À ses côtés apparaît souvent Damona, figure complémentaire, liée au soin, à la protection, à l’équilibre et à la continuité.
Ces deux lectures sont développées séparément dans Borvo, l’eau chaude et la mémoire thermale de Chaudes-Aigues et Damona, l’eau qui soigne et le temps long à Chaudes-Aigues.
À Chaudes-Aigues, cette cohérence ne repose pas sur un récit reconstruit, mais sur une réalité physique et historique : des eaux brûlantes, utilisées sans interruption pour soigner, laver, chauffer et faire vivre le territoire. Dans les sociétés anciennes, une telle singularité relevait naturellement du sacré.
Ve siècle : l’eau entre dans l’écrit
Au Ve siècle, à l’époque gallo-romaine tardive, les eaux chaudes de Chaudes-Aigues apparaissent dans les textes sous le nom de Calentes Baioe ou Calentes Baiae, littéralement « les bains chauds ».
Cette mention est capitale. Elle intervient dans un monde déjà largement christianisé. Les divinités antiques ne sont plus nommées, mais l’eau demeure. Elle est reconnue, décrite, fréquentée pour ses vertus thérapeutiques.
C’est un moment de bascule silencieux. Les croyances changent, les usages demeurent. L’eau cesse d’être une divinité nommée, mais elle ne cesse jamais d’être une puissance agissante.
IXe siècle : quand le lieu reçoit un nom
Ce n’est qu’au IXe siècle, en 886, qu’apparaît pour la première fois le nom de Par, non pas comme source, mais comme toponyme foncier à travers la mention de la villa du Par.
Ce détail est fondamental. Le nom n’apparaît pas parce que l’eau naît, mais parce que le territoire est administré. On commence à écrire, à posséder, à organiser. Le lieu est nommé pour être géré.
La source, elle, existait bien avant. Elle hérite simplement du nom du lieu qui s’est construit autour d’elle.
XIVe siècle : l’eau devient un système
À partir du XIVe siècle, les textes deviennent plus précis. La source du Par est clairement identifiée, exploitée, distribuée, réglementée. L’eau chaude circule dans le village, alimente des bains, des étuves, des usages domestiques et artisanaux.
Chaudes-Aigues ne survit pas malgré son climat rude. Elle vit grâce à l’eau chaude.
Dans une époque où de nombreuses zones rurales peinaient à subsister, cette ressource permet au village de s’organiser, d’attirer, de soigner, de produire. L’eau n’est pas un décor. Elle est une infrastructure vitale bien avant l’heure.
Borvo et Damona, des clés de lecture
Parler aujourd’hui de Borvo et de Damona à Chaudes-Aigues ne relève ni du folklore plaqué ni d’un retour artificiel au paganisme.
C’est reconnaître que l’eau chaude était utilisée et probablement ritualisée bien avant d’être nommée, que les usages thérapeutiques ont traversé les siècles sans interruption, et que les figures mythologiques constituent un langage ancien pour dire une réalité toujours vivante.
Borvo et Damona ne sont pas des mascottes. Ils sont des clés de lecture.

Pour une célébration populaire et vivante
Si Chaudes-Aigues existe encore aujourd’hui, c’est parce que ses habitants ont su vivre avec l’eau chaude, pas à côté d’elle. L’histoire du village est indissociable de cette relation intime entre une communauté et une force naturelle singulière.
Il est donc légitime d’imaginer une célébration populaire, culturelle, historique et festive autour de cette eau. Non pour la mettre en vitrine, mais pour la reconnaître. Cette perspective est développée dans Eau chaude à Chaudes-Aigues : un événement à inventer.
Une fête de l’eau qui raconte la profondeur de l’histoire, relie les habitants d’hier et d’aujourd’hui, donne une place au mythe sans nier l’histoire, et rappelle que ce don de la nature a permis à Chaudes-Aigues de traverser les siècles.
La chaleur comme fil continu
Les habitants et l’eau chaude sont liés depuis la nuit des temps. Les noms ont changé. Les usages ont évolué. La chaleur, elle, n’a jamais cessé de couler.
Ce texte s’inscrit dans une démarche plus large de réflexion locale, amorcée dans l’article pilier Donner une place à la parole locale.
Parce qu’elle a structuré la vie du village bien avant les thermes modernes: usages domestiques, soin, chauffage, organisation du territoire. Ce n’est pas un décor, c’est une condition d’existence.
Borvo et Damona sont des figures du monde celtique, reprises dans un contexte gallo-romain, associées aux eaux guérisseuses. Ils servent ici de repères symboliques pour nommer une réalité ancienne: une eau chaude perçue comme singulière et bénéfique.
Borvo renvoie à la puissance de l’eau chaude, à la chaleur et au bouillonnement. Damona éclaire l’autre versant: le soin, la protection, l’équilibre et la continuité des usages. Les deux lectures sont complémentaires.
Non. Avant le Ve siècle, on ne trouve pas de mention écrite individualisant la source telle qu’on la nomme aujourd’hui. Cela n’empêche pas qu’elle ait été utilisée bien avant d’être nommée.
Ces termes, attestés à l’époque gallo-romaine tardive, signifient littéralement “les bains chauds”. Ils montrent que les eaux chaudes étaient déjà reconnues et fréquentées pour leurs vertus.
Le nom apparaît au IXe siècle (886) comme toponyme foncier via la mention de la villa du Par. Le nom du lieu précède l’usage moderne du nom pour la source: l’eau existait déjà, le territoire est simplement devenu administré et nommé.
À partir du XIVe siècle, les textes deviennent plus précis: identification de la source, exploitation, distribution, règles. L’eau chaude circule et soutient des usages domestiques, artisanaux et de soin.
Non, si c’est fait comme ici: pas pour “inventer une histoire”, mais pour donner une clé de lecture à une réalité continue. Les usages ont traversé les siècles, et ces figures aident à relier mémoire, territoire et présent.
Non. Ils ne sont pas présentés comme une croyance, mais comme un langage ancien permettant de nommer la relation entre un lieu, une eau et des usages humains.
Parce que l’eau chaude est l’élément le plus singulier et le plus fondateur du village. Une célébration peut transmettre un récit juste, rassembler, et faire reconnaître une richesse qui a façonné Chaudes-Aigues depuis des siècles, sans posture ni folklore plaqué.
