Stéphane Chaudesaigues

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Regard sur le village : Parité affichée, engagement affaibli

vendredi 09 janvier 2026
Regard sur le village : Parité affichée, engagement affaibli

→ Lire l’article pilier : Donner une place à la parole locale

La loi promulguée le 19 février 2025, imposant le scrutin de liste complète et paritaire dans les communes de moins de 1 000 habitants, sera appliquée lors des prochaines élections municipales. Elle supprime le panachage, interdit les candidatures individuelles et encadre strictement la composition des listes.

Il ne s’agit pas ici de commenter une situation personnelle ni une intention électorale. Il s’agit d’observer, calmement mais fermement, ce que cette loi produit concrètement sur le terrain, dans les villages, là où l’engagement ne relève pas d’une carrière politique mais d’un choix de vie.

Une loi qui ne révèle pas un manque, mais en crée un

Dans les petites communes, l’engagement local n’a jamais été structuré autour d’équilibres artificiels ou de stratégies partisanes. Il repose sur des personnes disponibles, motivées, compétentes, parfois discrètes, souvent indépendantes, qui donnent du temps sans attendre autre chose que le bon fonctionnement du collectif.

En imposant des listes complètes et paritaires, la loi ne vient pas combler une absence. Elle fabrique une contrainte. Et cette contrainte n’a rien de neutre.

Quand la parité devient un remplissage

Dans la réalité des communes rurales, l’obligation de parité ne va pas nécessairement faire émerger des femmes qui souhaitent s’investir, porter une vision, construire un projet commun. Elle va surtout conduire, mécaniquement, à aller chercher la cousine d’untel, la belle-sœur d’untel, ou une connaissance sollicitée à la dernière minute, non pas pour ses idées, son engagement ou sa disponibilité, mais pour compléter une colonne.

La parité cesse alors d’être une ambition politique. Elle devient une opération de remplissage administratif, sans garantie d’une volonté réelle, d’un projet partagé, d’une cohérence collective, ni même d’un désir d’engagement sur la durée.

Une illusion progressiste

Pire encore, ce système permet à certains hommes de conserver très confortablement le pouvoir, tout en s’abritant derrière une façade vertueuse. La parité imposée, telle qu’elle est conçue ici, ne redistribue pas réellement les responsabilités. Elle les habille autrement.

Les postes clés, les arbitrages, la conduite réelle des listes restent souvent concentrés entre les mêmes mains, pendant que l’on affiche une égalité de façade pour satisfaire une exigence nationale déconnectée du terrain. Ce n’est pas une avancée. C’est une illusion progressiste.

L’exemple local n’a jamais attendu la loi

À Chaudes-Aigues, les femmes n’ont jamais attendu une loi pour s’engager politiquement ou associativement. La commune a même été dirigée par une femme, Madeleine Baumgartner, dernière élue locale à avoir siégé au conseil départemental.

Là encore, la réalité contredit le discours national. L’engagement existait, il était légitime, il était reconnu. Ce qui a disparu ensuite n’est pas la parité, mais le poids politique du territoire, avec la perte du chef-lieu de canton au profit de Neuvéglise et l’effacement progressif de la commune des lieux de décision.

→ À lire aussi : Chaudes-Aigues, paisible et vivante… ce que dit l’article, ce que le temps long rappelle

Une démocratie locale rendue plus docile

Les citoyens indépendants, sans étiquette, engagés uniquement pour leur commune, ont toujours représenté une forme de liberté politique difficile à encadrer. Ils ne promettent rien. Ils ne suivent pas de consignes. Ils ne servent pas de relais.

À l’inverse, des listes structurées, verrouillées, homogènes, sont infiniment plus simples à intégrer dans des logiques nationales, y compris lorsqu’il s’agit de sécuriser des soutiens, des réseaux ou des signatures lors d’échéances présidentielles. Cette loi ne renforce pas la démocratie locale. Elle la rend plus docile.

Aller voter, justement parce que le cadre se referme

Face à cela, une chose doit être dite sans ambiguïté. Il faut aller voter.

Même si l’on n’adhère pas. Même si l’on doute. Même si l’offre politique locale semble appauvrie.

L’abstention ne dit rien. Elle n’est pas comptabilisée. Elle laisse faire. Voter, y compris blanc, reste un acte politique fort, surtout à l’échelle communale. C’est la seule manière de signifier un accord, un désaccord, une vigilance.

→ Pour aller plus loin : Entre Marianne et Jeanne, revenir à l’essentiel, trouver sa place autrement

Regarder le village, sans se laisser confisquer la parole

Les femmes n’ont pas attendu la parité pour s’engager dans nos villages. Les citoyens non plus n’ont pas attendu l’aval des partis pour vouloir le bien commun.

Présenter cette loi comme une avancée incontestable revient à ignorer ses effets réels. Moins de spontanéité, moins de diversité, moins de liberté d’engagement.

Regarder le village, aujourd’hui, c’est refuser que la démocratie locale soit réduite à une mécanique de conformité. Ce n’est pas un renoncement. C’est une lucidité.