Stéphane Chaudesaigues

Tatouage, gastronomie & terroir en Cantal – Le blog vivant de Stéphane Chaudesaigues

Salon de l’Agriculture : ce que la présence du Cantal à Paris dit de la parole agricole aujourd’hui

mardi 03 février 2026
Salon de l’Agriculture : ce que la présence du Cantal à Paris dit de la parole agricole aujourd’hui

Un fait simple, une question moins confortable

Cette année, alors que des éleveurs appellent au boycott du Salon de l’Agriculture, le Conseil départemental du Cantal maintient sa présence à Paris. Le sujet n’est pas de distribuer des bons points, ni de jouer au “pour ou contre”. Le sujet, c’est le décalage que cette situation rend visible. Quand une partie du monde agricole se met à distance d’un rendez-vous national, que signifie une présence institutionnelle “au nom du territoire” ?

Ce texte s’inscrit dans la continuité de Donner une place à la parole locale. Il ne vise pas à trancher, mais à poser une question locale, précise, et nécessaire : comment circule aujourd’hui la parole agricole, ici, dans le Cantal, entre ceux qui produisent et ceux qui représentent ?

Le Cantal à Paris : représenter un territoire, défendre une filière

Pour une collectivité, le Salon de l’Agriculture reste un outil de représentation et de promotion territoriale. Y être présent, c’est affirmer une identité rurale, défendre des filières, mettre en avant des produits, des savoir-faire, une image du département. Le Cantal s’inscrit dans cette logique, avec une présence assumée au Salon international de l’Agriculture 2026.

Dans cette continuité institutionnelle, le choix du Conseil départemental du Cantal est lisible. Il s’agit d’occuper l’espace, de tenir la place, de ne pas laisser le territoire disparaître des radars nationaux. Le président du Conseil départemental, Bruno Faure, incarne cette ligne : la présence est maintenue, expliquée, assumée.

Le boycott : pas un caprice, un signal

Dans certains milieux agricoles cantaliens, les appels au boycott expriment un malaise profond. Ce n’est pas “contre le Cantal”. C’est souvent “contre une vitrine” qui, selon certains agriculteurs, ne reflète plus totalement la réalité vécue sur le terrain. Quand la fatigue économique, les contraintes administratives et la sensation de ne plus être entendus s’accumulent, la mise à distance d’un symbole devient une forme de langage.

Ce malaise local s’inscrit dans un contexte plus large, fait de choix politiques, d’accords commerciaux et de décalages persistants entre décisions publiques et réalités agricoles.

Quand les accords commerciaux deviennent des variables d’ajustement, l’agriculture cesse d’être un pilier pour devenir une monnaie d’échange. Ce n’est pas une crise passagère, c’est un choix politique durable, dont les agriculteurs paient le prix réel.

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Quand la représentation ne recouvre plus toute la parole

Le point sensible n’est pas de savoir qui a raison. Le point sensible, c’est que deux logiques coexistent sans se rejoindre complètement. La logique institutionnelle parle d’attractivité, de filières, de territoire, de visibilité. La logique de certains exploitants parle de revenus, de charge mentale, de normes, de reconnaissance concrète. Les deux discours peuvent être sincères. Ils peuvent même être vrais. Mais ils ne se superposent plus.

Le pays réel ne manque pas de voix. Il manque d’endroits où ces voix sont réellement écoutées. À force de parler à la place des agriculteurs, on finit par parler sans eux.

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Dans un département aussi agricole que le Cantal, cette dissonance ne peut pas être traitée comme un simple détail de communication. Elle pose une question de fond : où, comment, et à quelles conditions la parole agricole est-elle réellement entendue, relayée et traduite en actes, localement ?

Donner la parole, ici : ouvrir un espace, pas choisir un camp

Ce texte ne demande pas au Conseil départemental de ne pas aller à Paris. Il ne demande pas non plus aux éleveurs de renoncer à leurs formes de protestation. Il pose une question publique, locale, utile : comment recréer un espace commun quand les lieux symboliques de représentation ne font plus consensus ?

Si “donner la parole” a un sens, c’est bien celui-ci : accepter que plusieurs voix agricoles coexistent, parfois en dissonance, et que cette dissonance mérite autre chose qu’un réflexe de camps opposés. Elle mérite un espace où cela peut se dire clairement, sans caricature, et sans être immédiatement récupéré.

Pourquoi certains éleveurs appellent-ils au boycott du Salon de l’Agriculture ?

Les appels au boycott expriment un malaise profond dans le monde agricole. Ils traduisent une fatigue économique, un sentiment de déconnexion entre les décisions publiques et la réalité du terrain, et l’impression que la vitrine nationale du Salon ne reflète plus pleinement la parole de certains éleveurs, notamment dans des territoires agricoles comme le Cantal.

Pourquoi le Cantal maintient-il sa présence au Salon de l’Agriculture ?

Le Conseil départemental du Cantal maintient sa présence afin de représenter le territoire, défendre les filières agricoles locales et valoriser les produits et savoir-faire cantaliens, malgré un contexte de tensions et d’appels au boycott.

Que révèle ce décalage entre boycott et présence institutionnelle ?

Ce décalage révèle une fragmentation de la parole agricole. Plusieurs voix coexistent sans toujours se rejoindre, posant la question des espaces réels d’écoute et de représentation des agriculteurs, au niveau local comme national.