Stéphane Chaudesaigues

Tatouage, gastronomie & terroir en Cantal – Le blog vivant de Stéphane Chaudesaigues

On a laissé mourir l’agriculture. Maintenant, on signe les traités.

jeudi 29 janvier 2026
On a laissé mourir l’agriculture. Maintenant, on signe les traités.

Ce texte n’est pas une réaction à chaud. Il n’est pas non plus un commentaire de plus sur l’actualité agricole. Il s’inscrit dans une réflexion plus large sur ce que nous faisons de notre agriculture, de nos territoires ruraux et de ceux qui travaillent la terre.

L’agriculture française n’est pas en crise. Elle est sacrifiée.

Sacrifiée au nom du commerce, de la compétitivité et de la mondialisation heureuse. Sacrifiée par des décisions prises loin des fermes, loin des champs, loin de ceux qui vivent avec la terre plutôt que de la gérer depuis des tableaux Excel.

Ce texte a vocation à servir de point d’ancrage. À partir de lui, d’autres articles viendront approfondir, documenter ou illustrer les mêmes enjeux : agriculture, souveraineté alimentaire, territoires ruraux, Europe hors-sol, moyenne montagne, transmission et abandon progressif du pays réel.

On parle d’accords. De traités. De marchés. On oublie de parler des femmes et des hommes.

Ces choix politiques ont des conséquences concrètes, jusque dans nos territoires et dans ce que nous mettons dans nos assiettes. Ils sont expliqués de manière factuelle dans un article publié sur le site de Gourmet & Glouton : Traité UE–Mercosur : pourquoi ces accords menacent notre agriculture et ce que nous défendons concrètement chez Gourmet & Glouton.

Un pays qui laisse mourir ceux qui le nourrissent n’est pas en difficulté agricole. Il est en faillite morale. Et quand les suicides d’agriculteurs jalonnent silencieusement nos campagnes depuis des années, continuer à parler d’« opportunités commerciales » devient indécent.

L’agriculture n’est pas un secteur économique

Elle est une matrice.

La France est façonnée par son agriculture : ses paysages, ses villages, ses cuisines, ses savoir-faire, ses rythmes. L’agriculture n’est pas une ligne budgétaire. C’est une civilisation lente, exigeante, enracinée. Et cette civilisation est aujourd’hui traitée comme une variable d’ajustement.

Une Europe hors-sol

Cette Europe-là, nous ne l’avons pas choisie ainsi. Elle s’est imposée par strates successives, par traités, par délégations de pouvoir, jusqu’à faire perdre aux États leur souveraineté industrielle, énergétique, et désormais agricole.

Les décisions se prennent entre commissions, négociateurs et bureaucrates. Ceux qui nourrissent le pays n’ont plus voix au chapitre. Ils subissent. Ils encaissent. Ils disparaissent.

On appelle cela la modernité. En réalité, c’est une vassalisation. Une dépendance organisée à des puissances étrangères qui produisent désormais une part croissante de ce dont nous avons besoin pour vivre.

Le traité UE–Mercosur comme symptôme

Ce traité n’est pas une anomalie. Il est un symbole. Celui d’un système qui préfère importer à bas coût plutôt que protéger ceux qui produisent ici. Celui d’une logique qui impose des normes élevées à ses agriculteurs tout en acceptant des produits issus de modèles qu’elle interdit sur son propre sol.

On exige l’exemplarité, puis on organise la concurrence avec l’inacceptable.

Le dernier étage de la détresse

Quand un agriculteur se suicide, ce n’est jamais un fait divers. C’est l’aboutissement d’années de pression, de dettes, de solitude, d’injonctions contradictoires. Et chaque fois, le silence revient. Parce que regarder la réalité en face obligerait à remettre en cause un système entier.

Il n’y aura pas de transition, pas de souveraineté, pas de résilience alimentaire sans ceux qui travaillent la terre. Et il n’y aura pas de dignité collective dans un pays qui accepte de dépendre des autres pour se nourrir.

Refuser de se taire

Écrire cela, ce n’est pas rejeter l’Europe. C’est refuser une Europe qui gouverne sans ceux qui vivent les conséquences de ses décisions. C’est refuser que l’agriculture devienne une variable d’ajustement. C’est refuser de sacrifier un monde entier au nom d’accords applaudis par une poignée d’industriels.

Cette position s’inscrit aussi dans un rapport plus large au territoire et au travail, développé dans cet article : Un restaurant enraciné à Chaudes-Aigues : goût vrai, travail bien fait et cuisine du terroir auvergnat.

Ces enjeux sont également abordés sous l’angle des territoires ruraux et de la moyenne montagne dans un article publié par CAVD : Moyenne montagne : pourquoi la mobilisation des agriculteurs nous concerne tous.

La question n’est plus de savoir si ces traités sont bons pour le commerce. La question est de savoir ce que nous acceptons encore de perdre.

FAQ

Pourquoi le traité UE–Mercosur cristallise-t-il autant de colère dans le monde agricole ?

Parce qu’il renforce une logique de mise en concurrence directe entre des modèles qui ne portent pas les mêmes contraintes. Quand le prix devient l’arbitre principal, ceux qui produisent avec des exigences fortes encaissent la casse.

Parler des suicides d’agriculteurs, est-ce trop ?

Ce n’est pas trop. C’est la réalité. Ce sont des drames qui s’accumulent depuis des années et qui disent un système de pression, de solitude et de dettes. Les ignorer, c’est choisir le confort du silence.

Quel lien entre ces traités et nos territoires ruraux ?

Quand l’agriculture recule, les campagnes se vident, les transmissions se brisent, les équilibres locaux s’effondrent. Ce n’est pas un débat lointain. C’est une question de vie collective.

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