170 ans avant les tatoueurs, les architectes exigeaient eux aussi un diplôme

Exiger des futurs tatoueurs de France qu’ils aient un diplôme attestant de leur savoir-faire est-il aussi incongru que certains veulent bien le faire croire ? Il y a plus d’un siècle et demi, un homme s’est posé exactement la même question – non pour le tattoo, mais pour la bien plus consensuelle architecture. Cet homme, c’était mon ancêtre : Eusèbe Chaudesaigues.

J’ai découvert l’existence de cet aïeul lorsque j’ai entamé mes recherches visant à retracer ma généalogie. C’est le livre Les architectes élèves de l'Ecole des beaux-arts, 1793-1907 qui, le premier, a amené à mon oreille l’existence d’un certain Eusèbe-Joseph-Adolphe portant le même patronyme que moi :

L’entrée, entre Chauchon et Chaudet, m’a appris que ce Chaudesaigues-là avait vu le jour à Paris au début du 19ème siècle, et qu’il s’était éteint 67 ans plus tard. Lorsqu’il naît, Napoléon a déjà établi le Premier Empire. Au gré des décennies, cet aïeul connaitra – entre autres ! – les Restaurations, les Cent jours ou encore la Monarchie de Juillet, pour finalement s’éteindre sous le Second Empire. Des bouleversements qui, comme ceux que nous vivons aujourd’hui, donnent le vertige et forcent le respect.

Chahuté par les soubresauts de son siècle, Eusèbe Chaudesaigues aura toutefois trouvé l’énergie de se consacrer à sa passion : l’architecture. Sur le site officiel du Comité des travaux historiques et scientifiques, sa biographie est résumée et ses principaux faits d’armes, rapportés :

Architecte.

Elève de Destouches et de Chatillon à l’Ecole des beaux-arts (admis en 1827).

Architecte voyer de la Ville de Paris de 1845 à 1868.

Fondateur du prix Chaudesaigues de l’Ecole des beaux-arts.

Chevalier de la Légion d’honneur.

Inspiration pour le Chaudesaigues Award (trophée dédié aux meilleurs tatoueurs), lauréat de la plus haute décoration honorifique française, amoureux des arts : pour moi, son descendant, Eusèbe est tout cela à la fois, mais bien plus encore. Pour moi, il compte parmi ceux grâce à qui le mot diplôme a cessé d’être un gros mot dans l’un des corps de métier les plus importants du paysage national.

Car en sa qualité de membre de la Société centrale des architectes français, ancêtre de l’actuelle et prestigieuse Académie d’architecture, Eusèbe Chaudesaigues a participé activement aux débats liés à la nécessité d’un diplôme pour les architectes de France. Au final, le diplôme d’architecte de l’École des Beaux-Arts verra le jour en 1867 avec, dans la foulée, la mise en place de l’obligation de faire appel à un architecte diplômé pour toute construction sur le territoire national.

Aujourd’hui, à l’heure où le corps professionnel du tattoo s’anime de débats constructifs mais aussi, parfois, de contre-vérités, des constats s’imposent. Au 19ème siècle, les architectes soulignaient déjà la pertinence d’un diplôme pour les professionnels de France. Au 19ème siècle, les architectes mettaient déjà en lumière la nécessité d’un certificat pour exercer légitimement sur le sol national et, ainsi, réguler la prolifération de nouveaux venus pas toujours probes sur le marché du travail.

Les tatoueurs du présent suivront-ils la voie des bâtisseurs de jadis ?